• Achille Bonito Oliva
  • « Musée obligatoire »
  • Naples, 2003.

Sur le modèle du métro de Montréal, souvent considéré comme le 31e musée montréalais, à la fois réseau de transport et musée éclaté dans la ville, Naples inaugure en mars 1993 son « métro de l’art ». Baptisé « Musée obligatoire », cet incroyable projet souterrain a été imaginé par le critique d’art Achille Bonito Oliva et aménagé par une équipe de plasticiens et d’architectes.

La station Université-de-Naples, conçue par le designer anglo-égyptien Karim Rashid, propose un parcours « poétique », la station Piazza Dante, «station-musée» expose des immenses néons, créés par Joseph Kossuth, pionnier de l’art conceptuel qui éclairent les murs, sur lesquels sont gravés des vers de Dante décrivant le passage de l’ombre à la lumière. Les installations permanentes d’artistes comme Jannis Kounellis, Nicola De Maria, Joseph Kossuth, Michelangelo Pistoletto et Carlo Alfano, y sont exposées au public sans aucune protection. Pourtant, personne ne tente de les voler ni de les endommager.

Avec ses gares aménagées ( stations, sorties et places ) comme le prolongement des musées de la ville qu’elle dessert en boucle sur elle même, la ligne 1 du métro, portées aux nues par The Times est aujourd’hui visitée par des milliers de touristes. Les usagers, en expérimentant les oeuvres au gré de leurs déplacements, et participent à la narration artistique. Achille Bonito Oliva percevait ce projet comme « une tentative d’intercepter un public hétérogène qui ne fréquente pas les musées, et de le faire soudainement tomber sur des images liées à la sensibilité de notre temps ».  Il ne s’agit pas d’un parcours prédéfini, narratif ou linéaire, mais plutôt d’une sorte de court-métrage séquencé dont chacun choisi la séquence. Les voyageurs « zappent » d’une oeuvre à l’autre entre deux stations, un changement, une lecture, et font l’expérience de d’une réalité diffuse de l’art au quotidien.

DDO.

il y a 2 ans 9 notes
  • Elmgreen Michael et Ingar Dragset
  • « Marfa Store », Prada
  • Marfa, Valentine, Texas, Etas Unis d’Amérique, 2005

En 2005, la marque italienne Prada commissionne les artistes norvégiens Elmgreen et Dragset pour implanter une boutique au Texas, en plein milieu du désert.

Ce « magasin » Prada n’est pas un espace de vente car personne ne peut y pénétrer, mais un pur spectacle. L’architecture se fait hymne au voyage et rappelle le road movie, les scènes du film My Own Private Idaho ou une peinture d’Edward Hopper.

Exposée aux vandales et aux pilleurs, la boutique n’est restée intacte que trois jours avant de se fondre dans ce paysage de fausses ruines qui caractérise l’ouest du Texas et faire echo au land art des années 60, dont les oeuvres sont soumises à l’érosion naturelle.

il y a 2 ans 2 notes
  • OMA,Rem Koolhaas,
  • «Transformer» fondation Prada
  • Séoul, Corée du Sud, 2009

Pour l’art contemporain, l’espace d’exposition se doit être à la fois le référent mais aussi le lieu de vie et d’expérimentation. En d’autres termes il doit s’adapter aux œuvres tout en leur permettant de le transformer. Pour le critique d’art et d’architecture Paul Ardenne, « un centre d’art de type dur voué à accueillir des œuvres différentes par l’esprit ou la forme sans pouvoir d’adapter à chacune d’elle serait inapte à la mutation. Une hérésie de fait. Dans l’idéal, un lieu pour l’art doit être à la mesure des œuvres qu’il prend en charge, autant dire d’une plasticité intégrale. Sinon, instrumentalisation ou jeu de dupes ».

Rem Koolhaas propose avec le pavillon de la fondation Prada baptisé « Transformer », un bâtiment éphémère et modulable qui réunit en un seul et même lieu des espaces dédiés la mode, l’art, l’architecture et le cinéma. L’édifice est un tétraèdre dont les quatre faces ont chacune une forme géométrique distincte : un hexagone, un rectangle, une croix et un cercle. Sa structure métallique pèse 180 tonnes et culmine à 20 mètres de haut. Elle est recouverte d’une membrane blanche, élastique et translucide fabriquée en Cocoon, matériau à base de PVC. « Chaque face du tétraèdre permet de générer un espace que nous considérons comme idéal pour une destination précise », explique Alexander Reichert, architecte responsable du projet chez OMA.

Pour Rem Koolhaas, « contrairement à un objet statique qui remplit arbitrairement un programme, le Prada Transformer est un organisme dynamique ». Car là est toute son originalité : l’édifice peut en effet effectuer des rotations sur lui-même afin de s’adapter à ces différents modes de présentation. Il suffit de quatre grues et d’un laps de temps qui va, selon les conditions météo, de quarante minutes à une heure pour bouleverser complètement la silhouette de l’édifice et donc l’espace intérieur. Le sol devient mur, le mur devient plafond et ainsi de suite. Selon sa configuration, la surface intérieure passe ainsi de 225 mètres carrés version croix, à 385 mètres carrés pour la version hexagone.

DDO

il y a 2 ans 11 notes
  • JAN VORMANN
  • Dispatchwork

"Panser" la ville via les legos

Initialement conçu pour le Festival d’Art Contemporain 20 Eventi, à Bocchignano près de Rome, le projet Dispatchwork de l’artiste allemand Jan Vormann, non sans rappeler le travail de Julianna Santacruz et ses nids de poule en maille, a pour dessein de panser les plaies des bâtiments à l’aide d’éléments de Lego multicolores.

Cette démarche poétique, portant aussi sur la charge historique des bâtiments qui nous entoure, s’est vite étendue vers les plaies des villes pour la plupart laissées par la guerre : Berlin, Tel Aviv, Belgrade, pour revêtir un sens plus politique.

Réparer les blessures du monde avec des jouets d’enfant, un rêve utopique ? De manière spontanée, les passants eux-mêmes ont pu participer à cette reconstruction récréative, insérant les petites briques de leur enfance dans un trottoir abimé ou dans les meurtrissures d’un bâtiment fissuré. Cette version de la rénovation est devenue un projet participatif à vocation presque citoyenne. Chacun est désormais invité à intervenir au pas de sa porte ou dans sa municipalité, l’artiste s’engage même à publier les photos des œuvres sur le site du projet ! ( Dispatchwork.info.)

A la portée de tous, le concept s’est dupliqué à l’instar de celui des Space Invaders. Les « dispatchers » se multiplient de par le monde, et de nouvelles villes telles que New-York, Århus, Venise, Toulouse et bien d’autres sont investies. En apportant ces plus-values d’amusement et de couleur vive, au sein des fractures de l’urbain, le module ludique de notre enfance se fait instigateur d’une réhabilitation à grande échelle.

DDO.

il y a 2 ans 5 notes
6th
novembre
24 notes
Reblog
Ernesto Neto
« Léviathan Thot » 
Panthéon, Paris 2006.
Rencontre
« Léviathan Thot », commande publique du ministère de la Culture et de la Communication dans le cadre du Festival d’Automne 2006 à Paris, est une installation in situ conçue par l’artiste brésilien Ernesto Neto. Du Léviathan, monstre marin des récits bibliques, elle adopte le nom. Une bête gigantesque aux tripes pendantes a pénétré le Panthéon, nécropole où l’histoire de France se mêle à l’univers des grands hommes modernes. Une créature dont les ondulations à l’origine de vagues de pulsions et d’instincts purement biologiques, envahit de ses formes sensuelles l’architecture de pierre aux lignes vigoureuses et rigides de l’édifice. « Un monstre très organique. Comme un coquillage, avec sa part de viande. Elle flottera dans le vide de ce Léviathan qu’est le Panthéon, soumise à une très forte gravité. Dans ce bâtiment très masculin, c’est une oeuvre de contraste, très féminine, comme toujours chez moi. (…) elle est organique, parce qu’elle adopte le point de vue de la vie ; mais par sa puissance elle se rattache aussi au rationalisme écrasant du bâtiment et de son histoire ».
Attraction
Une bête suspendue, mi-corporelle, mi-architecturale, dont la structure entièrement faite d’un polyamide blanc, rappelle l’accessoire féminin entouré d’une part de mystère. Le collant, ce nylon étirable, colle à la peau ; la peau des jambes, de l’entre-jambes, des fesses, des hanches, et du ventre. Comme il cache et isole la chair du contact direct, il attise la vue et le toucher par sa transparence, excite l’imaginaire, suggère la nudité. Afin d’arrimer spatialement le volume de ces formes extensibles, l’artiste tend et remplit ce matériau épidermique de billes de polystyrène, cellules desséchées, de sable ou de lavande conférant à l’oeuvre une dimension multi-sensorielle. Il présente le corps, de son extérieur, la peau, la chair, mais aussi de son intérieur, ses organes, ses entrailles. Le corps, la matière et l’espace, éléments fondamentaux de la démarche artistique de l’artiste s’imposent, vivants, comme arrivés au terme d’une croissance naturelle. Entre sculpture et architecture ses créations posent des questions complexes d’équilibre, de tension et de gravité. « La gravité reste le point d’évanouissement de notre conception de l’espace, l’horizon étalon de notre appréhension, l’ancre de notre désir à la surface de la terre » atteste t’il. L’énergie qui anime son travail est la pesanteur. L’objet, la forme, le contour surgissent quand le matériau est déployé dans l’espace et révèle la légèreté de la masse, l’identité de la figure résultant d’une lutte entre gravité et matière jusqu’à l’équilibre.
Union
« Léviathan Thot » est une oeuvre d’harmonie des pouvoirs entre dynamique et tension, d’équilibre entre poids et contrepoids. Lors de son installation, Ernesto Neto fredonnait sur un tempo de Samba, « Léviathan Thot, Than Thot, Than Thot… » comme un chant d’incantation. La créature Léviathan, se révèle troublante face à l’esprit strict et intellectuel de son antre. Son érotisme s’inscrit dans le temps et l’espace et contraste avec le cadre attribué à Thot, ce dieu égyptien, qui avait l’autorité d’accorder la vie éternelle aux défunts. Ses galbes, méandres et substances parfumés apparaissent dès lors comme aphrodisiaques. Thot, également inventeur de l’écriture et du langage, entre alors dans la danse et élabore un verbe vivant et fertile qui fait défaut à toute logique rationnelle.
Reproduction
Par-delà la culture, la bestialité, un hymne à l’amour serait-il à distinguer entre les sacs de polystyrène ? Si avec audace et poésie, l’artiste fait battre le coeur de cette vénérable architecture, il s’intéresse aussi aux relations qui se créent entre tous les éléments qui constituent l’installation : l’oeuvre, le spectateur et l’histoire du lieu. Cette oeuvre anthropomorphique est avant tout envisagée par l’artiste comme « un organisme de contact ». Du monstre, elle a « le visage, portant la peur et l’esprit ; le corps, représentant le désir et l’énergie en mouvement (…) les mains, (…), qui représentent équité, justice et action sur le monde,(…) ». Le coeur et le cerveau, les organes, le système circulatoire, irriguent l’ensemble du système et sont en mesure de devenir le lieu de l’amour. Les formes souples aux couleurs douces de la créature créent une atmosphère rassurante et flottent au-dessus du spectateur qui se trouve totalement englobé par l’installation. Les orifices du corps, le lieu de passage, de transition, entre l’interne et l’externe appellent à la participation. Les liens se tissent vite entre les spectateurs interpellés par synesthésie, physiquement et psychologiquement. L’oeuvre devient un espace contemplatif et interactif.
Naissance
« Au fond, il y a dans l’art brésilien une volonté de créer un espace confortable et protecteur qui permet d’engendrer un état de réflexion silencieuse, et d’entrer en contact avec son propre corps. Cela permet également d’accéder à une certaine libération sociale, née de la surprise que suscite cette expérience ; un échange ludique avec des inconnus ». Ce passage dans le ventre du monstre peut être apparentée à la réintégration dans un état pré-formel, embryonnaire, le monstre figurant la nuit cosmique, le chaos avant la création et la mort symbolique indiquant le passage obligé de tout processus initiatique. La naissance est un mythe, et dans ce ventre maternel du Léviathan chacun peut trouver un écho à son propre corps et vivre le passage d’une mort et d’une renaissance ; thème par excellence du voyage d’initiation. Si toutes les significations métaphoriques sont possibles, la richesse de l’oeuvre découle aussi du dispositif, un espace social, qui permet au spectateur de percevoir le processus de création à travers le partage d’une expérience physique et émotionnelle qui donne à penser les vestiges du temps et la vulnérabilité des mondes.
DDO.
  • Ernesto Neto
  • « Léviathan Thot »
  • Panthéon, Paris 2006.

Rencontre

« Léviathan Thot », commande publique du ministère de la Culture et de la Communication dans le cadre du Festival d’Automne 2006 à Paris, est une installation in situ conçue par l’artiste brésilien Ernesto Neto. Du Léviathan, monstre marin des récits bibliques, elle adopte le nom. Une bête gigantesque aux tripes pendantes a pénétré le Panthéon, nécropole où l’histoire de France se mêle à l’univers des grands hommes modernes. Une créature dont les ondulations à l’origine de vagues de pulsions et d’instincts purement biologiques, envahit de ses formes sensuelles l’architecture de pierre aux lignes vigoureuses et rigides de l’édifice. « Un monstre très organique. Comme un coquillage, avec sa part de viande. Elle flottera dans le vide de ce Léviathan qu’est le Panthéon, soumise à une très forte gravité. Dans ce bâtiment très masculin, c’est une oeuvre de contraste, très féminine, comme toujours chez moi. (…) elle est organique, parce qu’elle adopte le point de vue de la vie ; mais par sa puissance elle se rattache aussi au rationalisme écrasant du bâtiment et de son histoire ».

Attraction

Une bête suspendue, mi-corporelle, mi-architecturale, dont la structure entièrement faite d’un polyamide blanc, rappelle l’accessoire féminin entouré d’une part de mystère. Le collant, ce nylon étirable, colle à la peau ; la peau des jambes, de l’entre-jambes, des fesses, des hanches, et du ventre. Comme il cache et isole la chair du contact direct, il attise la vue et le toucher par sa transparence, excite l’imaginaire, suggère la nudité. Afin d’arrimer spatialement le volume de ces formes extensibles, l’artiste tend et remplit ce matériau épidermique de billes de polystyrène, cellules desséchées, de sable ou de lavande conférant à l’oeuvre une dimension multi-sensorielle. Il présente le corps, de son extérieur, la peau, la chair, mais aussi de son intérieur, ses organes, ses entrailles. Le corps, la matière et l’espace, éléments fondamentaux de la démarche artistique de l’artiste s’imposent, vivants, comme arrivés au terme d’une croissance naturelle. Entre sculpture et architecture ses créations posent des questions complexes d’équilibre, de tension et de gravité. « La gravité reste le point d’évanouissement de notre conception de l’espace, l’horizon étalon de notre appréhension, l’ancre de notre désir à la surface de la terre » atteste t’il. L’énergie qui anime son travail est la pesanteur. L’objet, la forme, le contour surgissent quand le matériau est déployé dans l’espace et révèle la légèreté de la masse, l’identité de la figure résultant d’une lutte entre gravité et matière jusqu’à l’équilibre.

Union

« Léviathan Thot » est une oeuvre d’harmonie des pouvoirs entre dynamique et tension, d’équilibre entre poids et contrepoids. Lors de son installation, Ernesto Neto fredonnait sur un tempo de Samba, « Léviathan Thot, Than Thot, Than Thot… » comme un chant d’incantation. La créature Léviathan, se révèle troublante face à l’esprit strict et intellectuel de son antre. Son érotisme s’inscrit dans le temps et l’espace et contraste avec le cadre attribué à Thot, ce dieu égyptien, qui avait l’autorité d’accorder la vie éternelle aux défunts. Ses galbes, méandres et substances parfumés apparaissent dès lors comme aphrodisiaques. Thot, également inventeur de l’écriture et du langage, entre alors dans la danse et élabore un verbe vivant et fertile qui fait défaut à toute logique rationnelle.

Reproduction

Par-delà la culture, la bestialité, un hymne à l’amour serait-il à distinguer entre les sacs de polystyrène ? Si avec audace et poésie, l’artiste fait battre le coeur de cette vénérable architecture, il s’intéresse aussi aux relations qui se créent entre tous les éléments qui constituent l’installation : l’oeuvre, le spectateur et l’histoire du lieu. Cette oeuvre anthropomorphique est avant tout envisagée par l’artiste comme « un organisme de contact ». Du monstre, elle a « le visage, portant la peur et l’esprit ; le corps, représentant le désir et l’énergie en mouvement (…) les mains, (…), qui représentent équité, justice et action sur le monde,(…) ». Le coeur et le cerveau, les organes, le système circulatoire, irriguent l’ensemble du système et sont en mesure de devenir le lieu de l’amour. Les formes souples aux couleurs douces de la créature créent une atmosphère rassurante et flottent au-dessus du spectateur qui se trouve totalement englobé par l’installation. Les orifices du corps, le lieu de passage, de transition, entre l’interne et l’externe appellent à la participation. Les liens se tissent vite entre les spectateurs interpellés par synesthésie, physiquement et psychologiquement. L’oeuvre devient un espace contemplatif et interactif.

Naissance

« Au fond, il y a dans l’art brésilien une volonté de créer un espace confortable et protecteur qui permet d’engendrer un état de réflexion silencieuse, et d’entrer en contact avec son propre corps. Cela permet également d’accéder à une certaine libération sociale, née de la surprise que suscite cette expérience ; un échange ludique avec des inconnus ». Ce passage dans le ventre du monstre peut être apparentée à la réintégration dans un état pré-formel, embryonnaire, le monstre figurant la nuit cosmique, le chaos avant la création et la mort symbolique indiquant le passage obligé de tout processus initiatique. La naissance est un mythe, et dans ce ventre maternel du Léviathan chacun peut trouver un écho à son propre corps et vivre le passage d’une mort et d’une renaissance ; thème par excellence du voyage d’initiation. Si toutes les significations métaphoriques sont possibles, la richesse de l’oeuvre découle aussi du dispositif, un espace social, qui permet au spectateur de percevoir le processus de création à travers le partage d’une expérience physique et émotionnelle qui donne à penser les vestiges du temps et la vulnérabilité des mondes.

DDO.

il y a 2 ans 24 notes